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L’Aventure de la couleur. Œuvres phares du Centre Pompidou

24/02/2018 @ 10:00 - 22/07/2019 @ 18:00

Forum , Grande Nef

Dès les prémices de la création du Centre Pompidou en 1977, la couleur, employée comme un code, est au cœur du projet architectural de Renzo Piano et Richard Rogers. Ce sont ces mêmes couleurs pures qui ouvrent le bal polychrome de l’exposition L’Aventure de la couleur. Œuvres phares du Centre Pompidou, consacrée à la persistance des réflexions sur la couleur dans l’histoire de l’art moderne et contemporain, d’Henri Matisse à François Morellet.

Dans la continuité de Musicircus, cette nouvelle présentation inédite d’une quarantaine de chefs-d’œuvre de la collection du Centre Pompidou propose une exploration thématique de la couleur, tantôt appréhendée comme un puissant vecteur d’émotions et de sensations, tantôt comme un support infini de réflexions sur la matérialité et la spiritualité de la peinture. Dévoilant un certain de nombre d’expériences physiques et ultra sensibles, le parcours invite le visiteur à prendre progressivement conscience de l’incarnation de la couleur, à travers des dialogues riches de sens. L’iconique Bleu de ciel de Vassily Kandinsky ouvre ainsi la voie à l’environnement immersif Pier and Ocean de François Morellet et Tadashi Kawamata, invitant à accoster sur un îlot de néons bleutés, et faisant tout particulièrement résonner les mots de Gaston Bachelard dans L’air et les songes – « D’abord, il n’y a rien, ensuite un rien profond, puis une profondeur bleue. »

En 1810, explorant dans sa Théorie des couleurs les mécanismes optiques et physiologiques qui fondent le spectre chromatique, Goethe anticipait un affranchissement par la couleur pure et le monochrome. Cette aventure de la couleur provoquerait la conscience de l’universalité et de l’harmonie de l’homme avec l’unité fondamentale des choses. Pour Matisse, près d’un siècle plus tard, la couleur est une véritable libération. Ses papiers découpés sont une jubilation rythmique qui inspirent les recherches plastiques de Jean Dewasne, Simon Hantaï, Bridget Riley et Sam Francis. Les planches de son œuvre manifeste, Jazz, ponctuent le parcours de manière à souligner combien l’influence de Matisse a été intense sur ses héritiers.

Yves Klein confie pour sa part que « les couleurs sont des êtres vivants, des individus très évolués qui s’intègrent à nous, comme à tout. Les couleurs sont les véritables habitants de l’espace. » Engagé – dès 1946 – dans son Aventure monochrome, il envisage la couleur comme un champ d’énergie, générant des espaces psychologiques. D’autres pensées monochromes cohabitent avec sa vision spirituelle de la couleur, parmi lesquelles celles de Claude Rutault, Dan Flavin ou encore Robert Ryman dont les peintures blanches, loin d’être rigoureusement monochromes, recèlent d’infinies variations qui permettent « à d’autres choses d’advenir ».

Avec les énergies du Pop Art et du Nouveau Réalisme, la couleur devient pulsation, célèbre le réel. « Ce qui m’intéresse c’est la profusion colorée de l’article en série » affirme le Français Martial Raysse : « les Prisunic sont les musées de l’art moderne ». Avec America, America, il troque le pinceau pour le néon : une « couleur vivante, une couleur par-delà la couleur ».

Les artistes américains du hard edge et du minimal art s’engagent quant à eux dans une réduction des composants de l’œuvre : la couleur est cadrée, normée, élémentarisée en nuanciers industriels. Pour Donald Judd et Ellsworth Kelly, l’œuvre doit provoquer une sensation visuelle immédiate, compréhensible. Elle ne doit référer à rien d’autre qu’elle-même. Sa forme, son matériau, sa couleur, poussent jusqu’à l’extrême la logique des papiers découpés de Matisse. Devenus champs colorés, ils interagissent avec l’espace et le spectateur poursuivant la quête d’Yves Klein. Derrière cette ascèse, tapi dans la radicalité de la monochromie, sommeille le talent de la couleur pour réveiller l’émotion.

Commissaire : Emma Lavigne, directrice du Centre Pompidou-Metz

Chargée de recherches et de coordination : Anne Horvath

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Martial Raysse, America America, 1964

Néon, métal peint, 240 x 165 x 45 cm
Paris, Centre Pompidou, Musée national d’art moderne
© Centre Pompidou, MNAM-CCI/Philippe Migeat/Dist. RMN-GP
© Adagp, Paris 2017

 

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